Chauffer le monde avec du Bitcoin : quand le minage devient une source d’énergie utile

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À mesure que les factures d’électricité s’envolent et que l’Europe s’enfonce dans une forme de sobriété imposée, une révolution énergétique discrète, presque contre-intuitive, prend forme : utiliser la chaleur produite par le minage de Bitcoin pour chauffer des maisons, des serres agricoles, des piscines, ou même des fermes aquaponiques.


Ce qui passait autrefois pour un gaspillage absolu ( la dissipation thermique des ASICs) s’impose désormais comme un co-produit énergétique légitime, mesurable, et parfois plus performant que les systèmes classiques.

Bitcoin devient un chauffage. Et dans certains cas, un chauffage rentable.

Chauffer sa maison avec un ASIC : du mythe à la réalité

Dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne, en France et en Espagne, des particuliers remplacent progressivement leurs radiateurs électriques par des appareils de minage transformés en sources de chaleur domestique.

21energy raidateur
Un ASIC convertit environ 100 % de l’électricité en chaleur, comme un radiateur. Sauf qu’au lieu de perdre cette énergie, il valorise le flux thermique en produisant un actif numérique rare : du BTC.

Des entreprises comme 21Energy ont fait de cette idée un produit industriel. Le principe est simple : un ASIC convertit 100 % de l’électricité qu’il consomme en chaleur. Cette chaleur est dirigée, canalisée, isolée. Le dispositif devient alors l’équivalent d’un radiateur soufflant sauf qu’il produit, en parallèle, du Bitcoin.

Aux États-Unis et en Europe, la startup Heatbit a suivi le mouvement en créant un “radiateur-miner” design, silencieux, destiné au grand public. Ce qui n’était qu’une expérience de hacker devient un objet du quotidien. C’est le même objectif qui pousse également la société Canaan à développer des produits orientés vers le grand public.

Le phénomène n’est plus marginal et tend à prendre de l’importance. Des centaines d’installations existent déjà, certaines conçues par des fabriquants, d’autres bricolées par des mineurs passionnés qui ont compris qu’un S19 underclocké peut parfaitement chauffer une pièce, un bureau ou une salle de bain.

En France, une initiative illustre parfaitement cette réinvention énergétique du minage : la Pool des Chauffagistes. Née au sein d’une communauté de passionnés, cette pool « made in France » rassemble des particuliers qui utilisent des ASICs non seulement pour sécuriser le réseau Bitcoin, mais aussi pour chauffer leur habitation ou leurs ateliers.

Le projet, entièrement transparent et open-source, fonctionne sans frais : chacun contribue avec sa machine, et les gains sont distribués selon la puissance apportée.

Les serres agricoles chauffées par le minage : fraises, tulipes et tomates sous la chaleur Bitcoin

Le cas le plus emblématique se trouve aux Pays-Bas, où un cultivateur de tulipes, étouffé par les coûts du gaz, a pris la décision radicale de remplacer son chauffage traditionnel par des unités de minage.
Logées dans une pièce attenante, elles diffusent un flux constant d’air chaud qui maintient la serre à température.
Cette histoire a été notamment relayée par Euronews , qui décrit comment le maraîcher a non seulement réduit ses dépenses, mais aussi stabilisé sa production en plein hiver, lorsque les variations énergétiques deviennent un casse-tête.

Ce modèle se répète ailleurs. Des exploitations agricoles expérimentent discrètement la même solution. Des serres de fraises, de microgreens ou d’herbes aromatiques sont désormais maintenues hors gel grâce à des ASICs réglés avec précision.
Dans un contexte où le gaz devient hors de prix, la chaleur Bitcoin est perçue comme une alternative énergétique stable, prévisible, et surtout entièrement valorisable.

Quand Bitcoin chauffe l’eau : piscines publiques, hôtels et bâtiments publiques

Aux États-Unis, un spa new-yorkais avait défrayé la chronique « Bathhouse » car utilise des mineurs Bitcoin pour chauffer ses bassins : les ASIC (les machines de minage) fonctionnent en permanence, et la chaleur dégagée est transférée via échangeur et pompes dans les piscines.

À North Vancouver, au Canada, un projet innovant mérite qu’on s’y attarde. Grâce à un partenariat entre Lonsdale Energy et MintGreen, la chaleur produite par les mineurs sera réinjectée dans le réseau de chauffage urbain. Une initiative pionnière qui vise à réduire les émissions de CO₂ tout en offrant une nouvelle voie pour un chauffage plus durable.

MintGreen

Dans plusieurs villes finlandaises, l’entreprise MARA a intégré des installations de minage dans des réseaux de chauffage urbain. Les serveurs de minage fournissent de la chaleur à haute densité, convertissant l’électricité consommée en chaleur utilisable. Certaines de ces installations délivrent ainsi plusieurs mégawatts de chaleur avec des températures de sortie comprises entre 50 °C et 78 °C, suffisantes pour alimenter un réseau de chauffage urbain.

MARA BTC
Source : https://www.mara.com/posts/beyond-the-blockchain-how-bitcoin-mining-powers-clean-low-cost-district-heating?

Autrement dit : la chaleur générée par le minage — autrefois considérée comme un déchet énergétique — devient une ressource réutilisable, créant un double résultat vertueux :

Le mineur valorise une partie de l’énergie qu’il consomme, en monétisant non seulement les BTC qu’il génère, mais aussi la chaleur produite — ce qui améliore l’efficacité globale du système.

La ville ou l’établissement réduit sa consommation d’énergie conventionnelle ou fossile (chauffage, gaz, mazout).

Chauffer de la viande avec des ASICs à l’aquaponie sous chaleur Bitcoin : Les expériences abondent

Aux États-Unis, Bitcoin Beef Bits a poussé le concept encore plus loin : la startup utilise la chaleur des mineurs pour déshydrater de la viande et produire un snack de bœuf « hash-dried ». Une idée simple mais brillante, qui transforme une chaleur habituellement perdue en un processus alimentaire durable. C’est une preuve ( of work;) supplémentaire que le minage peut servir à bien plus qu’à sécuriser le réseau Bitcoin.

beef bits bitcoin
Bitcoin Beef Bits

Au Canada encore, on peut aussi citer cette initiative à Manitoba, ou Myera Group a poussé l’innovation un cran plus loin en intégrant le minage de Bitcoin au cœur de son système d’aquaponie. Dans ce type d’exploitation, l’équilibre est extrêmement délicat : quelques degrés de variation peuvent bouleverser la symbiose entre les poissons, les bactéries et les plantes.

Pour maintenir la température idéale des bassins, l’entreprise récupère la chaleur produite par ses ASICs. Contrairement à un chauffage classique, souvent intermittent, parfois irrégulier, les machines de minage offrent une source thermique stable, prévisible et continue, parfaitement adaptée aux besoins de ces écosystèmes sensibles.

Le groupe Myera utilise la chaleur émise par les serveurs informatiques utilisés pour générer des bitcoins pour maintenir la température des bâtiments assez haut pour y faire pousser des plantes comme la laitue.
PHOTO : RADIO-CANADA / LIZAVILLE SALE

Un changement de paradigme énergétique

Ce qui frappe dans tous ces exemples, c’est la simplicité physique du phénomène : un ASIC chauffe et il chauffe beaucoup. Alors pourquoi laisser cette chaleur se perdre dans l’air, quand elle peut être captée, redirigée et valorisée ?

Partout où il existe un besoin constant de chaleur, le minage permet de transformer un coût énergétique en production utile, et même en revenu, puisque le Bitcoin généré compense une parti et parfois la totalité des dépenses.

Cette logique ouvre des perspectives inédites pour les ménages, les agriculteurs, les serres, les installations aquaponiques, mais aussi pour des projets à fort impact écologique.

C’est précisément ce que démontrent les initiatives de BBGS Mining par exemple. Dans l’est de la RDC, au cœur du parc des Virunga, l’un des écosystèmes les plus menacés du monde, les ASICs deviennent des outils de protection environnementale. La chaleur issue du minage normalement « perdue » contribue indirectement à la préservation de la faune et de la flore du parc, notamment les derniers gorilles de montagne.

Ainsi, du foyer individuel aux zones protégées en Afrique centrale, le principe reste le même : un ASIC émet de la chaleur, et cette chaleur devient une ressource.

Conclusion : vers une nouvelle économie de la chaleur

La réutilisation thermique du minage n’est plus une utopie d’ingénieur.
C’est un mouvement réel, documenté, qui se développe dans des champs très différents : agriculture, habitat, infrastructures publiques, pisciculture, hôtellerie.

Le minage, longtemps critiqué pour son “gaspillage énergétique”, révèle en réalité un potentiel que peu avaient anticipé : celui d’une chaleur abondante, programmable, immédiatement valorisable.
Dans un monde obsédé par l’efficacité, il pourrait bien devenir l’un des outils les plus intelligents pour transformer l’électricité en chaleur… et cette chaleur en richesse.

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